04 mai 2010

Vallée du Tono, province d'Iwate

Les charmes d'une homme tortue, voleur de chevaux, le sommet du crâne comme une assiette creuse au fonds de laquelle il veille a toujours laisser croupir un peu de l'eau de sa rivière m'ont conduit dans ce village perdu au fonds d'une vallée où ne pousse que le riz et les lignes haute tension. Yanagita Kunio, un folkloriste du début du siècle dernier est celui qui a tiré cette région de son assoupissement anonyme en venant compiler dans ces paysages les Tono Monogatari : les légendes de Tono. Pour autant, ils ont beau en faire une promotion de tous les diables de leur kappa - c'est ainsi que le personnage emblématique des ces contes se nomme, ils ont beau jusqu'à reproduite sa sympathique thrombine jusque sur les plaques d'égout, ils trouvent tout de même que c'est un indice un peu mince pour entrainer un gaijin (étranger) jusqu'ici. Ca a l'air de leur paraître si incongru, en fait que rapplique le cameraman de la télévision locale, là pour me faire accoucher de mes intentions ou au contraire de fixer sur pellicule le professionnalisme de l'employée du bureau d'information. Ses indications avaient l'air précises une carte, une croix pour marquer l'hôtel et l'assurance de trouver là-bas une place pour se loger. Et puis c'est finalement en tournant autour d'un même bloc de maisons duquel on aura pris soin de mettre de coté les autres commerces qu'on arrive finalement à trouver l'endroit. La faute a l'anglais qui a disparu et avec lui l'alphabet romain. La faute aussi à l'employée, qui sous la pression mediatique, aura mi sa croix un peu trop bas sur sa carte.

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La pièce mesure quatre mètres par quatre et s'isole de l'extérieur et du couloir en faisant coulisser des panneaux en papier (shoji). La salle d'eau est collective et porte très justement son nom ; c'est a dire qu'on se lave côte à côte, accroupis sur des bassines en plastique retournées. On y trouve au fonds un sauna et au centre une piscine maintenue toute la journée très chaude grâce a une plaque isotherme posée dessus. On part faire ses ablutions revêtus de deux peignoirs qui vous donne des airs de samurais qui aurait grandis trop vite. Il est d'ailleurs recommandé d'être aperçu trainant dans ces lieux au moins deux fois par jour. Les indices sont partout ; gel désinfectant accompagnant l'utilisation de toutes choses publiques (ordinateurs, poignées de portes), serviettes brulantes remises dès qu'on installe au restaurant... les japonais sont fanatiques de l'hygiène. leur méticulosité vous renvoie de vous l'image d'un corps en sueur; d'une masse odorante et mal à l'aise. On a quand même l'avantage de n'être que dans le prolongement d'une longue lignée de préjugés. Piqué à Bouvier, par exemple, cette anecdote ; celle d'un témoignage d'un Allemand du XVIIIème en oste à Nagasaki et évoquant les Aïnous (les "natifs ; peuple premier du Japon, aujourd'hui dissous dans le metissage) : 

"Ils [les japonais] les tiennent aussi pour fort mal embouchés, sales et malodorants, mais on ne peut leur donner créance là-desus, les Japonansi étant si port épris de propreté et pointilleux dans leurs ablutions, qu'ils nous font à nous, exactement le même reproche".

Pour faire sérieux, on commence notre tour au musée des traditions populaires du coin. Un endroit comme un vaisseau spatial planté là, c'est à dire dans les flancs des collines qui bordent le village de Tono au Sud. Une scénographie impeccable, des projections, en veux tu, en voilà, des objets, parfois sous titrés et toujours remis dans leur contexte d'utilisation. L'occasion de valider que même pour concevoir une scie à bois nos hôtes ne s'y à l'inverse de nous. Passé l'anecdote, on retient que la région agricole est parmi les plus pauvres de l'archipel ; un coin de petite montagne avec comme seules ressources son folklore et ses chevaux. Comme un parfum de Kirghizstan là-dessous !

La vallée, très honnêtement n'est pas ce qu'il y a de plus renversant. On incriminera peut être la saison qui a fauché nos rizières pour les remplacer par des terrasses brunes, boueuses même où on s'affaire au repiquage. Et puis, tant qu'à être mauvais, on s'en prend aussi au soleil punaisé au zenith qui vous laisse des marques qui se marient très mal au bain chauds qu'on évoquait plus haut.

 

Pour autant, traverser ces villages, provoquer le redressement , les sourires et l'inclinaison  quatre vingt degrés d'une rangée de paysannes oeuvrant dans leur pataugeoire qu'elles s'escriment à rendre magnifiques dans quelques mois d'ici, découvrir au hasard d'un sentier , c'est à dire en se perdant, l'arrogance vermillonne d'un tori qui dénonce la présence d'un petit autel plus loin. partager enfin le pique nique cinq étoiles d'ouvriers venus d'assez loin, là, dans un bar, servir de garant à un homme presque soûl et devenu très émotif,  auprès de son épouse qui , c'est une chance, est polyglotte et pas rancunière. Tout cela laisse tout de même des petit souvenir bien agréables.

Posté par erwanretiere à 00:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur Vallée du Tono, province d'Iwate

    Un brin jaloux

    mais surtout ravi de retrouver ton agréable plume. Vivement les photos !

    Sayonara !

    Posté par Thierry, 28 mai 2010 à 10:57 | | Répondre
  • Y'en a

    javions pas vu le diaporama. Belle serie.

    Mention perso pour Cour du Ginkaku-ji et jardin zen 2/2, notamment.

    T'as craqué sur du matos ?

    Posté par Thierry, 28 mai 2010 à 11:03 | | Répondre
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