08 janvier 2009

Bukittinggi, Ile de Sumatra, République d'Indonésie

Photos ajoutées !

Les vents refrigérés des giga centres commerciaux dans le notre dos nous portent de Melaca a l'ile de Sumatra, un gros morceau vert et enfumé de l'archipel indonésien. On sent toute la vérité du deuxième qualificatif des notre départ du port du Dumai, après avoir effectué un recensement rapide. Nous voila dans un pays d'adorateurs de gitanes qui pratiquent leur culte si possible dans les espaces clos ou mieux encore ; sous votre nez. Une autre version qui appuie notre remarque commence par des  voyageurs requisitionnés pour donner un coup de pousse au demarage du bus : 10 metres a peine, un nuage noir sort des entrailles du vehicule grabataire pour s'en aller repeindre les parois de vos poumons. On saute a bord : intérieur skaie, tendance eventré, une odeur de gazoil des que l'engin marque l'arret (mais moteur allumé, hein, sans quoi il faut lui redonner de l'encouragement pour repartir), une chaleur suffocante, humidité a son maximum, seule sorte d'encouragement a monter la dedans ; c'est ce soir et a bord de cette épave qu'on traverse l'équateur. Bref le tableau a les jolies teintes de l'aventure, le coeur se remet a vrombir apres sa léthargie en Malaisie.

Si on file dans ce voyage au bout de la nuit et au dela c'est pour rejoindre le coeur du pays ; la ville d'altitude de Bikittinggi, un coin qui, sur le papier, nous a presenté son meilleur profil et qui a l'interessante propriété d'etre plutot accessible (ce qui est rare par ici). A l'arrivée, notre perception du temps est chamboulée : sachant que la cité était a 200 km de nous, sachant encore que quinze heures se sont écoulées depuis notre départ, ou est passé le Temps perdu ? On se refait le parcours, on a plutot eu l'impression que le bus roulait a tombeau ouvert. C'est peut etre en regardant par la vitre, voir la succession de diapositives s'enchainer, qu'on trouve notre reponse. C'est en tout cas la qu'on découvre la fascination des Indonesiens pour les flammes. Celles qui desherbent pour de bon de vieilles forets humides et font pleurer ceux qui raisonnent "developpement durable". Celles qui se substituent aux collectes des déchets et qui consomment les matieres plastiques, les végetaux et tout ce qu'on peut trouver entre les deux. Celles enfin, maitrisées au fonds du creuset (les memes sur lesquels on s'est coller a la cuisine laotienne), ou rotissent de minuscules brochettes mangées grillées avec une sauce brune épaisse, ecoeurante. Et puis non, reflexion faite c'est lors de ces pauses incessantes que notre Temps s'est fait la belle. Voila la premiere règle a retenir quand on voyage par ici ; le temps du voyage ne depend pas des kilomètres mais des accointances du chauffeur avec les gérants de gargotes de bords de route. La seconde est triviale ; peut importe les horaires supposés ; un bus ne quitte la gare routière que rempli a ras bord.

On se cogne a la campagne environante plus tot que prevu ; c'est a dire apres s'etre entendu dire qu'a cause des vacances et du climat plutot agréable de Bukittinggi, aucun hotel ne se battrait ce coup-ci pour nous avoir sous leur toit. La seule turne qu'on s'est degotté fait dans le genre repoussant, a tel point qu'on a decidé de de rouler un peu plus ; vers le lac Maninjau, 20 km, 2 heures plus loin. On fait ces raisonnements a trois d'ailleurs, depuis qu'on a ramassé a la douane un baroudeur du Bangladesh, disposant de très peu de temps pour en voir un maximum, grand dispensateur de discours sur un Islam ouvert aux habitants qu'il croise (chauffés a blanc par les bagarres de rues a Gaza, mais liberaux comme on le verra plus loin, patient lecteur). Un type bien, en somme. Vous voila, a moitié hagard, repartis sur les routes, ca tourne non stop, esquiver les nids de poules, negocier les virages (succession de 44 sur 3 kilometres, qui dit mieux ?) pour finalement arriver au petit village de Maninjau et a notre lac, donc. Immense, bleu comme tes yeux. Mais les présentations attendront. Notre attention se porte sur la chambre a coucher du bungalow-pieds-presque-dans-l'eau. Autre voyage. Le pays des reves. Autre durée. Dix sept heures.

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Un tour autour du lac en 50 km - en pointillé a cause des averses qui sont l'occasion de quelques rencontres sous les auvents, les préaux. Bigre, il a un paquet de ferme piscicole dans les parages. On trouve les ouvriers-pecheurs a remplir des sacs plastiques de 20 litres en eau, gaz et sorte de poissons rouges format XL en partance pour la capitale insulaire. On les imagine toucher quotidiennement le jackpot vu leur production ; patatras, deux jours plus tard des substances chimiques déversées au fonds du lac, se chargeaient de tout faire capoter. Deux batiments prolifèrent sur les rives et dans les hameaux  qu'on croise pendant notre virée. Des sortes de batiments communautaires aux toitures extravagantes en forme de cornes de buffles, d'une part. Des mosquees aux architectures particulières - c'est a dire différent du prototype arabisé (cube + coupole en alu) qui polluent les horizons de la Capadoce turque a l'Andijan ouzbek). Elles sont la aussi pour nous rappeler que l'Indonésie est la premiere nation musulmane au monde. Pour autant, l'offre ne créé pas la demande en l'espèce et malgre les cinq messages publicitaires recités depuis les minarets chaque jour, on trouve ces lieux de prières plutot vides. On pratique ici un Islam modéré, c'est a dire qui a su se greffer sur des traditions plus anciennes et laisser libre court a des aspirations plus modernes. Mieux, la situation ne serait pas pire a Aceh (rendue célebre par son choc frontal avec le tsunami) ou la chariah remplace le code penal laique. On serait apparement loin du fief de Talibans qu'on nous vends par ecrans interposés, avec la rigueur professionnelle qui a fait la réputation de la presse parisienne. Sumatra n'est pas l'Afghanistan, en fait ce serait plutot une sorte de Far West, attirant les pionners poussés ici a cause de la surpopulation de l'ile voisine de Java ou incités a venir tenter leur chance avec le programme d'incitation du gouvernement central (les frais d'inscription aux facs sont moins élevés qu'ailleurs par exemple). Programme a la reussite discutable.

De retour dans nos hauteurs, on la trouve tellement épatante la campagne autour de Bukittinggi (ville tant qu'on y est très modelée par les Hollandais qui devint leur bastion pendant la guerre d'indépendance), qu'on décide de jouer les prolongations. La face cachée de l'histoire, c'est que les iles Mantawai ou on voulait lézarder, ressemblaient vu de près davantage a une zone drolement inhospitalière qu'a un centre de villegiature, désservie en plus de cela assez lachement par les quelques ferrys qui se risquent la-bas. Ca nous a degonflé tout d'un coup. On arrange finalement avec beaucoup de confort ce qui devait etre la part d'Aventure du voyage ; les treks intermidables, sangsues jusque sous les genoux, semaines passées au sein de tribus qui ne parlent aucune de vos langues, douches au naturel tombant quand cela vous arrange le moins, attente devant le marché déserté du village en priant pour que ce soit bien la que passe le seul bus qui vous ramenera a la Civilisation... tout ca, nous on le laisse aux autres. Notre gout se porte la ou l'homme a laissé sa marque, mais sans trop d'ostentation. La ou on se sent finalement le plus a notre place. Un avec la Nature, en clair, du moment qu'elle reste sur son ile hostile.

Posté par erwanretiere à 00:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Bukittinggi, Ile de Sumatra, République d'Indonésie

    ce n'est qu'un au revoir, mon frère

    eeet oui, à moi aussi, le soleil, à moi aussi, le maillot de bain!
    dans 6 jours, disons 5, on s'envole pour 3 semaines en Guadeloupe. Je n'aurais donc pas l'honneur de suivre la fin de ton aventure en live (oui, oui, y'a des cafés internet, mais je crois qu'on n'y passera pas beaucoup...).
    alors profites bien de ce qui reste, et puis de tout le monde quand tu rentreras.

    je t'embrasse fort fort, mon grand frère, et tout ça me donne encore plus envie de te revoir (ça te rendra pourtant pas franchement plus accessible, mais va comprendre la logique, dans ces cas-là!)

    ta petite Juniore

    Posté par mael, 19 janvier 2009 à 02:12 | | Répondre
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