28 janvier 2009

Gunung Bromo & Kawah Ijen, Ile de Java, République d'Indonésie

Photos ajoutées !

Avec le duo qui nous a joué sans fausses notes, ou presque, l'histoire religieuse à travers les temples situés autour de Yogyakarta, on va finir par croire avec cette experience plus récente, qu'ici les chefs d'oeuvre vont de paire. C'est en effet un nouveau couple de vedettes qui vient de se mettre en travers de notre route ; ou plutôt - il faut pas craindre dans le cas présent de jouer la surenchère -  deux superstars crachant la vapeur; le souffre et toute la fureur sous-terraine. Ca c'est de l'accroche et c'est encore rien par rapport a ce qu'on a vu. Promis.

C'est a l'Est de l'ile de Java qu'on va trouver ces deux volcans. L'approche se fait de nuit, à la lueur des étoiles, des phares du 4x4 et des lumières de la ville qui a commencé à grignoter aussi les pentes pourtant abruptes. On s'inquietait un peu pour les habitants ; avec la somme de dénivellés pareils et de pluies torrentielles fréquentes, le resultat, qu'on a pu apprécier dans le Sikkim indien, s'appelle "glissement de terrain". On s'en inquiétait et on avait bien tort car au final c'est un autre genre de catastrophe qui préoccupe les résidents, habitués comme leurs compatriotes à recevoir sur le coin de la figure une gamme étonnement variée de vacheries naturelles (éruptions volcaniques, tsunamis, tremblements de terre et durians). C'est une erreur toute bête de forage qui a fait s'échapper des profondeurs des torrents interminables de boue, menaçant la sécurité et la propreté de milliers de personnes (dont tous ont été expropriés et 20% indemnisés... cerise sur le gateau de Noël, la société responsable de ces prospections hasardeuses est au bord de la faillite). On longe ainsi sur des centaines de mètres un mur de béton espérant protéger la ligne de chemin de fer; notre autoroute et les quelques bicoques encore habitées.

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En respectant la chronologie, c'est au Gunung Bromo que s'est mise en marche la machine à souvenirs. On se rappelle du rituel réglé comme du papier à musique : l'arrivée au poste d'observation sur les coups de 4 heures du mat', cris d'exclamation aux aurores (avec un spectacle en cinemascope; le volcan relachant ses fumigènes au milieu d'un paysage étourdissant), ruée vers la dépression pour observer Monseigneur depuis l'en-bas, course au dos de canassons pour traverser la mer de sable noir et rejoindre les jeeps, insensibles au panorama et à notre émerveillement de nouveau-né.

On croyait que ce volcan-là renvoyait le Puy de Dôme, Vulcania et Giscard aux oubliettes, et puis on a fini par trouver encore mieux; et alors de loin. C'est sans mentir l'un des sites les plus extraordinaires de ces derniers mois : l'Ijen; une caldera d'une dizaine de kilomètres de diamètres nichée sur les hauts plateaux de Java  et laboratoire de quelques unes des experiences les plus étourdissantes que la planète fomente. On part à sa rencontre de nuit, là aussi, comme pour un rendez-vous clandestin, sauf que le temps de vous y rendre et le soleil vous a déjà rattrapé, pour vous cuire durement l'échine. L'ascension en dépit de ça, est à notre portée, c'est à dire à celle d'à peu près tout le monde : cela débute sur une piste en terre boisée tout autour, vue dégagée sur les autres reliefs et les belles plantations (et que fait-on pousser sur Java à ces hauteurs à votre avis ?). Et puis déboule un pauvre hère, là, sur notre sentier, les deux épaules franchement abbatues par deux paniers d'osier aux extrémités d'une latte en bambou, chariant en équilibre environ 70 kilos de plaques jaunes encore fumantes : le souffre.

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C'est d'abord cela le kawah Ijen : une source de revenu qu'on arrache qu'au terme d'une lutte inhumaine à la nature. On voit dans les brumes des vapeurs toxiques se détacher d'autres silhouettes, portant les mêmes fardeaux, hésiter sur des sentiers ou un touriste suréquipé dérape et disparait parfois. Notre porteur lui, est en tongues et en sueur et laissent echapper des respirations rauques ; des râles de mourant. Votre responsabilité est d'alimenter ces malheureux en bonbons, en clopes - la fumée calme paradoxalement les brûlures des poumons - et surtout de décamper afin de ne pas trainer dans les pattes de ces Sysyphes pendant leur ascension. Au fonds du cratère, quand les vents repoussent un temps les vapeurs soufrées, le spectacle est éblouissant : eaux turquoises du lac, jaune incandescent de l'or local solidifié et de ses poussières,  rouge magma pour son état liquide ramené a sa surface, refroidit, rendu moins aggressif. C'est un des scènes les plus touchantes qu'on ait vu, une photo de Salgado (1) en couleur. Je serais vous, j'irais.

Avec une rampe de lancement comme celle-là, on s'envole sans trop de difficulté pour l'ile voisine de Bali. Un bras de fer remporté contre le Gang des Taxis du coin (oubliez à ce propos la mafia russe et la triade chinoise, les vrais méchants, ce sont eux) nous amène à la pointe Sud. Ghetto à touriste pas si terrible et surtout aéroport à partir duquel on s'en va deux jours a Singapour histoire de renouveler les visa indonésiens. Abérant et exhorbitant ; il faudrait songer a la prochaine révolution à accorder la liberté de circulation aux immigrés... et aux touristes !


(1) - Si vous voulez découvrir l'oeuvre du plus génial des photographes brésiliens, vous pouvez jeter un oeil à  "La Main de l'Homme", aux éditions de La Martinière (400p épuisé, mais encore trouvable dans les expos du maître).

Posté par erwanretiere à 00:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Gunung Bromo & Kawah Ijen, Ile de Java, République d'Indonésie

    Quizz

    "et que fait-on pousser sur Java à ces hauteurs à votre avis ?"

    Comme sur la soufrière, du café ?

    On gagne quoi ?

    Posté par Thierry, 22 février 2009 à 22:48 | | Répondre
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