12 mai 2006

Col d'Irkechtam - Frontière sino-kirghize

Le massif du Tian Shan sépare le Kirghizstan de la Chine. Cette imposante muraille concède néanmoins quelques brèches ; le col de Bedel, celui de Torugart et l'Irkechtam. L'accès de ce dernier passage est en soi une expédition. On ne va pas s'en plaindre ; il n'y a pas si longtemps l'accès était interdit aux touristes. Depuis la capitale ouzbek, il a fallu filer vers l'Est, a travers la vallée du Fergana. Le nom se prononce comme un bulletin d'alerte ; les ambassades en découragent l'approche. C'est que c'est de cette région qu'est montée la fièvre islamiste des années quatre vingt dix. Le traitement inflige par le gouvernement d'Islam Karimov n'est depuis pas des plus tendres. Aujourd'hui bon nombre des fondamentalistes auraient quittes la populeuse région, trouvant refuge a l'étranger. Du point de vue du passager de taxi tout ce qui subsiste de cette période ce sont les fréquents check points, la liturgie de Karimov imprimée en grosses lettres et les silences pendant les heures normalement consacrées aux appels a la prière. On ne fait de toute façon que passer, on aura du mal a se faire une idée. Si. Les femmes portent peut être davantage le hajib qu'ailleurs. Ce que le retiendra surtout ce sont les roses. Elles poussent par milliers autours d'Andijan.

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Et puis vient l'approche du col. Ce sentier de huit mètres de large. La ligne serpente sur trois cents kilomètres entre les massifs. Sur le plateau, elle domine la plaine d'un mètre environ ; il s'agit de ne pas glisser. On aurait cru que le passage quotidien de dizaines de semi-remorques aurait dompte cette piste cahoteuse, il n'en est rien ; les intempéries se chargent de remodeler le parcours, de le rendre aussi instable que possible. Les frontières elles même en imposent ; le Tian Shan sur la gauche mais surtout les infranchissables Pamirs. Vous vous faites tout petit ; c'est qu'on vous surveille. Les pics Communiste (sept mille quatre vingt quinze mètres) et Lénine (sept mille cent trente quatre mètres) sont les redoutables gardiens. Le passage ne se négocie pas ; on sait en amont si le col est franchissable ou pas. Ne venez pas avant Avril ! Les températures descendent sous les moins cinquante et puis de toute façon, la neige ne lâchera pas son emprise sur la région avant la fin du printemps. Passe cette date, ca se tente. Ne reste plus qu'a miser sur la dextérité du pilote, sur la pérennité des pièces mécaniques de son 4x4 Lada. Et la encore, la partie n'est pas gagnée d'avance. Avec ces dénivèles, le moteur chauffe vite. On s'arrête en urgence, on lui donne de quoi boire, pendant ce temps, les passagers prennent les photos de paysages insensés. Mais pour toute hostile qu'elle puisse se montrer, la nature envoie par intermittence des gestes d'encouragement. La un troupeau de chevaux sauvages qui semblent rire de ce trente huit tonnes pris dans le fosse. Plus loin, les chameaux qui se suivent, disciplines. Et puis finalement les secousses se font moindres. "L'asphalte, c'est bon pour les chinois !" nous explique le conducteur. Il nous pose comme convenu à la frontière. On pense que la suite est connue.

On est dans le familier, presque dans l'intime. On ne s'énerve plus de la lenteur désespérante des officiers manipulant votre passeport, ni de l'absurde succession de postes ou on vous posera les mêmes questions, ou on effectuera les mêmes gestes que dix mètres auparavant, ou vous aurez à remplir les mêmes formulaires en cyrillique puis en chinois. Vous vous engagerez à ne convoyer ni reliques ni H5N1, on signe et puis c'est tout. Et puis on commence à se croire tire d'affaire, l'inattendu frappe à nouveau. Des chants révolutionnaires maoïstes s'élèvent. Le douanier ne jettera même pas un œil à sa montre ; il vous faudra revenir dans deux heures. Le personnel déjeune. On patiente dans un rade. On teste son appareil digestif avec des nouilles en soupe froides. Et on revient a la charge. On obtient le précieux tampon, l'arrivée est proche. Erreur. Les quelques kilomètres qui vous sépare du poste de contrôle suivant sont interdits aux piétons. On négocie le passage avec un routier ouighour. On se croit au bout. Erreur. L'homme a soixante quinze tonnes de chargement. Ca en dégueule tellement qu'il est plein son semi. Alors il s'agit de ne pas rigoler ; il n’est pas question de renverser. Il nous refait le salaire de la peur pour un peu moins de cinq kilomètres heure. Soudain il s'arrête. Il prolonge ainsi une file conséquente. On le remercie on fera le reste a pied. Renseignements pris, les douaniers étaient en pleine réalisation d'un documentaire. On rampe devant l'horripilant petit officier a lunette. Il nous laisse finalement passer. Il s'amuse de nous, on prend sur soi. Les routiers, eux, patientent depuis l'aube. La production de la propagande est une industrie qui exige des sacrifices.

Posté par erwanretiere à 00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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